Toujours garder un oeil sur Guillaume.
Pas le lâcher ce coquin.
Toujours à mijoter des loucheries sans queue ni tête.
Il dit qu'il m'aime bien le Guillaume, que je lui porte chance.
J'y crois pas une seconde. S'il m'aimait vraiment bien un peu, il m'enfermerait pas dans une vieille trousse qui sent le derrière de chameau. Une fois tous les trente-six du mois qu'il me sort, qu'il m'exhibe et qu'on me tripote et qu'on m'inspecte le derrière. Je les conchie ces humains mous et tous roses. Ils se remuent les pensées et se gargarisent de leurs petits mal-êtres à s'en faire mal à la glotte, et ils sont fiers en plus, tous malins qu'il se croient.
C'est ça, tape-moi le derrière avec ton vieux cahier d'écolier, je piaferai pas de toute façon. C'est un enfant éternel et indécrottable le Guillaume. Il fait tout pour y revenir, il peut pas s'en défaire des cahiers des trousses et de ces merdouilles.
Je veux me faire la malle moi, mais je me fais pas d'illusion. Déjà que je volerais pas si j'étais un vrai piaf, c'est pas demain la veille que je vais m'en libérer de mon cul de chameau.
Merde.
Souffle lointain
ce vent d'avril
sable brun glisse dans ma main
de l'eau déjà jusqu'au nombril.
Humide et frais
envie de soleil
havre de paix
dans la tempête je veille.
Souffle lointain
ce vent est une blague
et turquoise déjà éclate la vague.
14.02.2026
J'aimerais pouvoir me raccrocher à Elle.
Dans sa fuite elle emporte mon âme, mon identité, mon calme et mon chapeau. Et dans le sillon de son regard brûlant, je lève vers Elle un regard de chien, nu et tremblant des pattes. Elle me tourne le dos, j'attends ma caresse en vain.
Quand je la crois cachée, elle m'aveugle dans mon sommeil, sa lumière crue horrifie chaque pore de mon âme, je tente de clore mes paupières mais elles sont déjà soudées, et mon Enfer à jamais révélé reste imprégné de rouge sur ma rétine.
Au réveil, ma vie en sueur, mon ordre en bataille, un ouvrage infini devant mes jambes en coton, mais Elle ne bouge plus, et sa caresse est douce.
Aujourd'hui il fait chaud.
Soudain je me souviens que tout paraît plus simple quand le ciel est bleu et que les couleurs de la ville deviennent enfin plus vraies.
Une envie me vient de dévorer un livre après l'autre au soleil en sirotant des cappuccinos, ou de lézarder au parc, avec le pollen qui chatouille mes narines mais qui me paraît moins pénible que la brume qui moitait mes cheveux les semaines précédentes.
Foncer sur mon vélo aujourd'hui a tout un autre goût : les cheveux encore mouillés dans le vent, une robe en fin de compte un peu trop transparente lorsque le soleil traverse son tissu léger, mes fidèles Birkenstock aux pieds encore trop blancs.
Cette joie et cette liberté qu'on oublie un peu quand le ciel est gris et les couleurs se ressemblent.